POMME : « Je ne cherchais pas à me différencier, à avoir ma propre féminité. »

Pomme fait partie de cette nouvelle génération de chanteuses, qui partagent avec humilité une intériorité sensible. Ses mots, son cœur grand ouvert, c’est une harmonie, une vague, une poésie chantée qui nous envahit et nous regarde droit dans les yeux, droit dans l’âme.

Interview Ilana Hansen et Élia Ormond

Tu as sorti un premier album en 2017, À peu près, dans lequel on découvre une toute autre Pomme. Aujourd’hui, tu t’es révélée et as gagné en notoriété. Finalement, c’est ton originalité, ta sincérité, qui a triomphé…
Quand j’ai signé mon premier album, j’avais dix-sept ans, donc je ne savais pas ce que je voulais faire artistiquement. C’était beaucoup plus facile de décider à ma place. Ce sont principalement des hommes qui ont décidé des choses. J’avais le profil type d’une chanteuse de chansons d’amour, très féminine – la féminité qu’ils attendaient de moi, en tous cas. Après, il y avait aussi une partie de moi, qui s’identifiait à la féminité proposée par la société à ce moment-là. Je faisais comme toutes les autres. Je ne cherchais pas à me différencier, à avoir ma propre féminité. Je pense qu’ils ont juste accentué ce côté-là. En fait, je ne savais pas encore qui j’étais. 

Tu dis que pour être très médiatisé, il y a des codes que tu ne souhaites pas respecter…
Je ne veux rien faire qui me ressemble pas. Je l’ai déjà fait sur mon premier album et ça n’a pas été concluant, ni économiquement, ni médiatiquement, ni psychologiquement. Je n’ai pas envie d’entrer dans le moule : pour passer à la radio, il faudrait que mes chansons soient à tel rythme, que les paroles soient joyeuses et qu’elles donnent envie de danser, qu’elles durent moins de trois minutes… Je ne veux pas réduire ma musique à des formats imposés. Après mon premier album, la leçon que j’ai retenue était de ne plus jamais faire de concessions. Avec Les failles, j’ai compris que cela avait beaucoup plus d’impact d’être sincère. J’ai quand même trouvé mon public, donc pour moi, c’était la preuve concrète que faire des compromis, dans mon cas en tous cas, ne servait à rien. Je ne veux pas faire la même chose que les autres, juste dans l’intérêt de plaire. 

Écris-tu davantage pour toi ou pour les autres ?
En composant Les Failles, je voulais simplement écrire des chansons qui me traversent. Comme je n’avais pas encore vraiment de public, je ne savais pas qui allait écouter mes chansons. En ce moment, j’essaie d’écrire mon troisième album et c’est beaucoup plus difficile, car maintenant, j’ai un public qui a des attentes. J’essaie de continuer à écrire pour moi d’abord, pour me faire du bien. Mais c’est compliqué. Je dois me détacher de la crainte de la réception que va avoir l’album, mais c’est incontrôlable. 

Comment se passe le processus d’écriture pour toi ? Qu’est-ce qui vient généralement en premier ? Les mots ou la mélodie ?
Initialement, j’étais plutôt dans un processus d’écriture. J’ai commencé à écrire des poèmes à cinq, six ans, puis des nouvelles, puis j’ai voulu écrire des romans… J’ai commencé à composer vers huit ans, des airs très simples au piano, car j’avais un petit orgue chez mes parents. Les chansons guitare/voix sont arrivées à l’adolescence, vers quatorze ans. Au début, mes textes n’étaient donc pas destinés à être mis en musique. Maintenant, c’est un automatisme : j’écris en même temps que je compose.

De quels instruments joues-tu ?
J’ai joué du violoncelle, puis du piano, de la guitare et de l’auto-harpe. Les instruments accompagnent ma voix, plus que l’inverse.

« J’ai eu la sensation d’être à côté de mes pompes toute ma vie et, maintenant que ma musique est reconnue, je me sens comprise. » 

Comment as-tu été découverte ?
Adolescente, faire de la musique mon métier était un rêve, mais je n’y croyais pas. Je n’en parlais même pas. J’ai commencé les concerts dans les bars à quinze ou seize ans. C’est là que j’ai réalisé que c’était vraiment ma passion. J’habitais à Lyon et j’ai commencé à faire régulièrement des allers-retours à Paris pour provoquer des opportunités. Je voulais m’assurer que j’avais la capacité de devenir chanteuse, avant de me présenter en tant que chanteuse. Au début, la seule personne que je connaissais à Paris était Anouk Ataya, une artiste découverte par hasard en première partie d’un concert de Cœur de Pirate, dans ma région. Anouk m’a présenté des Parisiens pour qui j’ai fait du baby-sitting, et il se trouve que ces personnes-là connaissaient justement les producteurs de mon label !

Ton succès t’effraie-t-il ou, au contraire, te rassure-t-il ?
Mes chansons résonnent chez d’autres, et cela me rassure. J’ai eu la sensation d’être à côté de mes pompes toute ma vie et, maintenant que ma musique est reconnue, je me sens comprise. Cela m’enlève un poids. Je vis à moitié au Canada, à moitié en France, ce qui me protège du coté négatif de la notoriété. Mais je ne suis pas aussi connue que, par exemple, Angèle, que la France entière reconnaît dans la rue. Je n’ai pas envie d’être surmédiatisée et, de toute façon, je ne suis pas beaucoup programmée à la radio ni à la télé.

As-tu des collaborations à venir ?
Oui, j’ai des collaborations prévues. J’en ai fait une récemment avec Raphaël, sur son dernier album. J’en ai fait beaucoup au début mais je me suis dit qu’il fallait que je me calme ! Je ne veux pas faire de collaborations avec des artistes qui ont un style trop proche du mien : ce qu’il y a d’intéressant dans les collaborations, c’est d’aller à la rencontre d’autres publics. J’ai envie que chaque collaboration soit quelque chose de très travaillé ; je n’ai pas envie de les multiplier. La proposition artistique doit vraiment me plaire.

En plus de la composition de ton nouvel album, as-tu d’autres projets ?
Mon premier projet est de reprendre ma tournée. J’ai des concerts prévus tout l’été. Je vais boucler la boucle de cet album, Les Failles. J’ai également des projets annexes qui n’ont rien à voir, comme un générique de dessin animé ou un livre pour enfants, illustré par ma meilleure amie. Et puis, je passe mon permis et ça, pour moi, c’est vraiment un gros projet ! 

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