Plutôt à poil qu’en fourrure

Aujourd’hui, la mode est au faux fur, au teddy, au vegan. On ne porte plus celle des autres. Si certaines grandes griffes – comme Jean Paul Gaultier – renoncent à l’exploitation animale, d’autres ne sont pas encore convaincues. En décembre dernier était annoncée le grand retour de la série “Sex n the City” : l’association de protection animale PETA a contacté Jessica Parker, pour lui demander de ne plus porter le fameux manteau en fourrure de Carrie Bradshaw. Anissa, membre de l’association PETA, nous éclaire sur l’industrie de la fourrure.

D’où provient la fourrure ?
Plus de 85 % de la fourrure vendue aujourd’hui provient d’élevage industriels. Dans ces élevages, des visons, renards, chiens viverrins, chinchillas, lapins et autres animaux sont confinés dans de petits cages, dans de grands hangars sombres et insalubres. Les nombreuses enquêtes menées dans les élevages ont toutes révélé leur lot d’atrocités : des animaux aux yeux infectés, des pattes blessées par les barreaux métalliques de leur cage insalubre, des membres arrachés et purulents, et des animaux dont le comportement névrotique témoigne de l’importance des dégâts psychologiques qu’ils subissent. Après quelques mois de ce calvaire, ces animaux sont violemment tués. Les méthodes couramment utilisées pour mettre ces animaux à mort sont l’électrocution, le gazage ou le matraquage. Les peaux sont ensuite traitées avec un cocktail de produits chimiques, pour éviter qu’elles ne se décomposent. Une étude a révélé que la fourrure animale contient des quantités importantes de substances toxiques cancérogènes, telles que les éthoxylates, qui peuvent nuire à la production d’hormones et aux organes reproducteurs.

Quel est l’impact écologique de ces élevages ?
L’industrie de la fourrure est également préjudiciable à la planète. Il n’y a rien de « naturel » dans le fait de porter de la fourrure. Pour éviter le phénomène de putréfaction qui démarre avec la mort des animaux, les producteurs les aspergent d’un cocktail de produits chimiques dangereux comme le formaldéhyde et le chrome. La Banque Mondiale a même classé la production de la fourrure comme une des industries les plus polluantes au monde à cause des métaux toxiques qui sont disséminés dans la nature.

La fourrure et les cuirs exotiques mettent-ils en danger la santé publique ?
L’exploitation animale propage des pandémies. Nous ne serions probablement pas dans cette situation de crise sanitaire mondiale, si les humains n’élevaient pas des animaux à grande échelle, pour satisfaire leurs intérêts. En effet, suivant la mission de l’Organisation Mondiale de la Santé en Chine sur l’origine du nouveau coronavirus, la thèse privilégiée reste celle d’une transmission via un hôte intermédiaire, et les experts recommandent maintenant d’enquêter sur les visons et autres animaux à fourrure tels que les chiens viverrins et les renards, eux aussi sensibles à la COVID-19. Il ne s’agit pourtant pas de la première maladie zoonotique, ni certainement de la dernière, tant que nous continuerons d’élever des animaux dans des conditions intensives et insalubres – tout récemment, des ouvriers en Russie ont contracté la grippe aviaire. Les élevages intensifs de visons ou de crocodiles – comme ceux qui comptent des milliers de poulets, de cochons ou de vaches – sont autant de lieux de prolifération des agents pathogènes. Le problème est mondial, et il ne disparaîtra pas : selon les Centres américains pour le contrôle et la prévention des maladies, plus de 75 % des maladies émergentes ont pour origine les animaux. Ainsi, la COVID-19 est similaire à d’autres « coronavirus » tristement célèbres, tels que le syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) et le syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS), tous trois transmis des animaux aux humains. Les experts avertissent que les élevages d’animaux exotiques sont des lieux de reproduction d’agents pathogènes, ce qui augmente le risque de futures pandémies, et les fermes à fourrure sont directement mises en cause dans la propagation et la mutation du nouveau coronavirus.

Pensez-vous que le cuir animal puisse être intégralement remplacé par le cuir végétal ?
Tout à fait, et d’ailleurs de nombreuses marques se tournent déjà vers le cuir de pomme, le cuir d’ananas (Pinatex), le cuir de raisin (Vegea), le cuir de champignons (Muskin), le cuir de kombucha, et bien d’autres. Ce sont toutes des alternatives bien plus écologiques, sans cruauté, plus durable et qui peuvent reproduire l’aspect du cuir et donc servir à confectionner sacs, chaussures, ceintures, portefeuilles, bracelets de montre…

Quelle est la meilleure alternative à la fourrure ?
La fausse fourrure est toujours plus respectueuse des animaux et plus écologiques, cela dit, il est bon de privilégier les alternatives les plus eco-friendly qui soient, comme par exemple le KOBA de l’entreprise française ECOPEL, utilisé notamment par Stella McCartney, qui est la première fausse fourrure au monde fabriquée à partir d’une matière végétale. De nombreuses autres fausses fourrures sont faites à partir de plastique recyclé et autres matières écologiques.

L’association PETA est intervenue au près de Jessica Parker pour lui demander de ne pas porter de fourrure dans Sex n The City…
Après avoir appris que la célèbre série Sex and the City ferait bientôt son grand retour, PETA Etats-Unis a envoyé une lettre à la star et productrice exécutive Sarah Jessica Parker pour l’appeler à s’assurer que la nouvelle version se fera sans fourrure, et mettra en lumière une mode moderne, sans matières animales. Il s’agirait ainsi de refléter l’évolution de la société, et de répondre aux attentes des téléspectateurs qui se soucient du respect des animaux. Les temps ont changé : de nombreux créateurs, grands magasins et même des villes entières ont interdit la fourrure, depuis la fin de la série, en 2004. PETA espère que les passionnés de mode de la série porteront des vêtements reflétant ces avancées. Nous n’avons pas encore reçu de réponse précise de la star, mais nous sommes certains que la production réfléchit à cette question importante. Faire figurer de la fourrure animale dans la série signifierait s’ouvrir à d’innombrables critiques virulentes de la part du grand public !

Par Jean-Claude Elfassi

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