LA FEMME : « C’est un progrès que ce genre de musique se démocratise. »

Et Dieu… créa LA FEMME

La Femme est un groupe français formé en 2010 par Marlon Magnée et Sacha Got. Entre rock, électro et new-wave, le style éclectique de La Femme permet aux musiciens d’être salués par les amateurs de divers genres, et convainc jusqu’aux plus puristes. Leur premier album, Psycho Tropical Berlin, sorti en 2013, a été récompensé aux Victoires de la musique 2014. En 2016 sortait leur second album, Mystère. Puis Paradigme, leur troisième album, sortait le 2 avril, pour le plus grand bonheur des fervents du groupe. Tournés à la discothèque parisienne Le Petit Palace, les clips de ce dernier album confirment le talent inimitable de ces nouveaux génies de la musique…

Interview Louisiane Dor

Photo : JF Julian

Votre musique n’entre dans aucune case. Toutes vos chansons sont très différentes les unes des autres. Entretenez-vous volontairement ce mélange des genres ?
Nous aimons nous diversifier et faire de la musique lente et rapide, mélangeant divers influences. Nous ne suivons aucune règle. Cependant, il est vrai que dans cet album, on ne voulait pas trop de morceaux du même style, afin de proposer un éventail de couleurs et de goûts. Le ciment qui rassemble tout ça, c’est notre propre son, le son « La Femme «  que nous avons développé au fil des années .

Quand on écoute vos disques, on a plutôt l’impression d’entendre de l’électro. Pourtant, sur scène, vous ressemblez davantage à un groupe de rock. Comment créez-vous cette ambivalence ?
J’aurais sincèrement aimé que le disque sonne plus électro. De mon point de vue, finalement, ça ressemble plus a de la pop. Après, c’est vrai que la musique des albums est composée en studio avec des méthodes modernes comparables aux méthodes utilisées dans l’électro. En live, notre héritage rock reprend le dessus : nous n’avons pas de click, de loops ou pistes pré-enregistrées, et nous jouons les arpeggiators à la main ! 

Vos morceaux sont-ils principalement enregistrés avec de vrais instruments ?
Oui, il n’y a que de vrais instrument (acoustiques ou électroniques). Pas de samples, à part quelques drums de temps en temps. 

Quels sont les instruments que vous utilisez ?
Nous utilisons pas mal de synthétiseurs vintages, surtout en audio, du midi très occasionnellement. 
Des orgues mais aussi des synthés numériques et bien sûr des guitares, etc.

Lors de vos représentations, de nouveaux instruments viennent souvent s’ajouter, qui ne sont pas présents dans les morceaux enregistrés. Pourquoi ?
En effet, nous cherchons toujours à faire des choses différentes, car il est frustrant en tant qu’artiste de répéter le même morceau de la même façon pendant des années, même si parfois nous n’avons pas le choix. Utiliser un harmonica ou un trombone à la télé ou lors de shows, c’est une manière de rendre hommage à ces styles souvent oubliés. Cela fait longtemps que l’on n’a pas eu un harmonica-héro, on espère que des enfants peuvent avoir un déclic en nous regardant, et ainsi prendre la relève !  
C’est aussi très impressionnant de voir des solos d’harmonica ou de trombone quand c’est bien fait, et là, la musique prend tout son sens.

Vos concerts sont de véritables shows de rock stars. La foule est euphorique, vous vous laissez porter par le public et surfez même sur celui-ci avec une planche. Quels sont vos concerts les plus mémorables ?
Le Psych Fest à Austin en 2014, et tous nos concert à Los Angeles : au Regent Theater, au Roxy, à l’Echoplex et au Beach Goth. Le Zénith de Paris était l’un de nos concerts les plus épics : on l’avait énormément préparé en amont, pour offrir aux spectateurs de l’action et des moments épics. À l’inverse, comme le show de l’Olympia, on aime aussi faire des choses plus sobres, avec un rideau et point bar. En tous cas, c’est important, quand on va voir un concert, d’en avoir plein les yeux, et d’en avoir pour son argent !

Parfois, les paroles de vos chansons sont assez surprenantes, et ne ressemblent pas à des paroles ordinaires (couplets, refrain, rimes, poésie…) Pourquoi ce choix ?
Nous avons nos propres codes, qui parfois se rapprochent du moule, et parfois moins. Nous aimons les choses subversives ; nous aimons nous démarquer et développer notre propre esthétique. Le plus souvent, c’est spontané, comme un peintre qui a choisi du rouge juste parce que c’est beau et que la couleur était devant lui. Parfois, dans l’art, il ne faut pas aller plus loin que ça… Les institutions ont tendance à trop vouloir justifier une œuvre, à tel point que la justification devient plus importante que l’œuvre en elle-même… 

Quelles sont vos influences musicales ?
Nos influences majeures sont le rock des sixties et la Cold Wave française des années 80.
Mais nous écoutons à peu prés tous les styles ; un peu moins la trap ou le rnb.

« Les institutions ont tendance à trop vouloir justifier une œuvre, à tel point que la justification devient plus importante que l’œuvre en elle-même… » 

Marlon Magnée / La femme

Vous utilisez un instrument de musique peu commun : le thérémine. Pouvez-vous nous parler de cet instrument ? Comment l’avez-vous découvert ?
Un ami nous en a parlé en 2009 ou 2010, et nous sommes tombés sur les vidéos de Clara Rockmore, qui est une virtuose du thérémine. Le thérémine a été inventé en 1920 par un Russe. Nous sommes tombés amoureux de l’instrument, car le son se situe entre la voix et le violon. Cela nous faisait penser à ces musiques d’ambiance de films ou séries Z, qui se déroulent dans des maisons hantées. C’est un instrument qui se joue sans contact physique : une sorte de bloc de bois avec deux antennes radios. C’est le mouvement de la main, dans l’air, qui génère du son grâce à des ondes.

Pour Paradigme, vous avez déjà fait la tournée des médias, notamment des plateaux télés. Comment ce nouvel album est-il reçu ?
Notre album a été très bien reçu par les medias, ça fait plaisir ! Malheureusement, certains medias plus mainstreams nous mettent parfois à l’écart, car notre musique ne colle pas assez avec les standards de variété. Mais avec le recul, c’est déjà un progrès que ce genre de musique se démocratise… 

Autres membres du groupe :  Clémence Quelennec (Aja), Sam Lefèvre, Noé Delmas, Nina Giangreco, Yse Grospiron, Lucas Nunez Ritter, Sarah Benabdallah...

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