Déborah François : « J’aime recréer des époques dans lesquelles je n’ai pas pu vivre. »

Déborah François a joué dans plus de trente films. Entre comédies populaires, drames, films sociaux et films espagnols, la comédienne est un véritable caméléon. De la Palme d’Or aux Césars, en passant par le Prix Romy Schneider, Déborah François excelle dans son domaine. Dernièrement, elle tournait aux cotés de son compagnon Mario Casas dans le film “Irrémédiable” de Carles Toras, sorti sur Netflix.

Interview Louisiane Dor

Comment es-tu devenue actrice ? 
La comédie était ma passion depuis toute petite. À l’âge de seize ans, j’ai participé au casting des frères Dardenne qui avait lieu dans ma ville. Ils recrutaient par petites annonces. Après trois rounds de castings, ils m’ont choisie parmi les cent filles qui y ont participé. C’était le film « L’enfant », pour lequel nous avons décroché la Palme d’Or à Cannes, en 2005. 

Quels sont les personnages que tu préfères incarner ?
Il y a des moments où je préfère la comédie, et d’autres fois où je préfère les rôles dramatiques. La comédie est plus technique : il y a mille façons de faire pleurer quelqu’un, mais il n’y en a pas mille de faire rire sur un texte donné. Il y a quelque chose, dans la mécanique de la comédie, qui est plus précis que dans la mécanique du drame. La comédie est aussi plus agréable, on rit plus souvent sur le plateau. J’apprécie également les rôles historiques, car j’aime recréer des époques dans lesquelles je n’ai pas pu vivre. 

Qu’est-ce qui te plait dans ton métier ?
Ce que je trouve extraordinnaire quand on est comédien, c’est de réussir à vider ses émotions, les transcender en les mettant dans un personnage. Dans un autre travail, on ne vous féliciterait pas pour avoir réussi à pleurer ou à vous énerver !

Quels sont les critères qui font que tu acceptes de tourner dans un film ?
J’accepte de tourner quand je trouve que la palette d’émotions qui est représentée dans le personnage, et sa personnalité, sont intéressantes. Puis, je vais être davantage intéressée pour défendre une histoire si elle me touche personnelement ou peut toucher le public, ou si le film parle d’un sujet que l’on a besoin d’entendre dans la société… J’aime aussi pouvoir apporter quelque chose au personnage.

Y-a-t-il un personnage que tu aimerais incarner ?
Cela m’amuserait beaucoup d’être une super heroine. C’est quelque chose que l’on ne fait pas beaucoup en France et en plus, ce sont des rôles qui sont moins atribués aux filles qu’aux garçons. Je pense que l’on en aurait besoin. Ce serait amusant, car vraiment atypique. 

Selon toi, pourquoi devient-on acteur ? 
Je pense que c’est assez personnel. Dans mon cas, c’est lié à la peur de n’avoir qu’une seule vie. La comédie permet, d’une certaine manière, d’avoir plusieurs vies. Et je pense que c’est aussi prolonger la magie de l’enfance. Jouer. On ne travaille pas : on joue. Avec sérieux et responsabilité quand même, car il y a toute une équipe derrière nous. Mais au fond, c’est ça, c’est se déguiser dans l’armoire de ses parents et se prendre pour quelqu’un d’autre. 

Quelle rencontre t’a le plus marquée ?
Je dirais Michael Lonsdale. Cette voix avec laquelle il racontait, avec beaucoup de gentillesse et de générosité, tous ses tournages. Il tournait sans arrêt. Ça m’avait beaucoup marquée, parce que je me disais « Quelle énergie, c’est incroyable d’être comédien ! ». Être acteur, c’est quelque chose qui ne s’arrête pas. Il n’y a pas de retraite dans notre métier. J’ai toujours trouvé que les « grands acteurs » gardaient une certaine fraîcheur intellectuelle assez impressionnante. 

Pendant le confinement, que sont devenus les tournages, le cinéma ? 
Pendant le premier confinement, nous n’avions pas le droit de tourner. Ensuite, on a pu mettre en place, comme beaucoup d’entreprises, un protocole. Distanciations, masques.
Comme les cinémas ne sont pas ouverts, on n’a pas de distribution. Donc forcément, cela rend les producteurs de cinéma un peu frileux. Parce qu’ils ne savent pas exactement quand ils vont pouvoir sortir les films qu’ils vont faire, et surtout les films déjà tournés qu’ils ne peuvent pas non plus sortir.
Les acteurs de cinéma sont tout de même chanceux : les danseurs, les comédiens de théâtre etc, sont beaucoup plus touchés que nous. Il est plus compliqué de tourner en ce moment, mais j’ai quand même eu de beaux projets cet automne pour la télévision. Là, je vais repartir en tournage avec antoine Garceau, sur un téléfilm en deux épisodes, qui est une adaptation des Particules Élémentaires de Michel Houellebecq. 

Tu as récemment tourné dans un film espagnol, « Irrémédiable »…
Le réalisateur, fan de cinéma international, a vu plusieurs films dans lesquels je jouais. Il m’a imaginée dans ce rôle, qui au départ n’avait pas été écrit pour une étrangère. Sauf que je ne parlais pas un mot d’espagnol ! J’ai pris des cours intensifs pendant tout l’été, et on a commencé à tourner fin septembre. Ahora, hablo espanol ! 

Es-tu engagée pour une cause ?
ONE, créée par Bono, est une ONG qui fait campagne contre l’extrême pauvreté et les maladies évitables. En ce moment, ils font une campagne pour inciter les pays favorisés à réaliser une répartition plus juste du vaccin anti Covid, afin de mettre fin à cette pandémie plus rapidement, de façon égalitaire.

Articles recommandés

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.