En novembre dernier, peu avant que le Grand Créateur ne s’éteigne, INFLUENCE magazine a eu le privilège d’interviewer Pierre Cardin.

Pierre Cardin

Avec la sortie de votre film, vous êtes encore le couturier dont on parle le plus. Qu’est-ce que ça vous inspire ?
Une satisfaction, c’est un hommage appuyé et mérité qui m’est consacré. Après 70 ans de métier, c’est justifié, non ?

Quelle a été l’importance de la communication et de la publicité dans votre réussite exceptionnelle ? 
J’ai toujours été proche des journalistes et j’ai toujours respecté leur travail. Je n’ai jamais consacré beaucoup de temps et d’argent à la publicité. Je préférais faire des événements qui faisaient parler de moi.

On voit que, tout au long de votre carrière, vous avez monté des événements hors du commun pour présenter vos collections. Cela a-t-il contribué à forger votre légende ? 
Oui, j’ai toujours voulu faire de mon nom une marque connue dans le monde entier. J’ai voyagé très tôt, et je suis présent au Japon depuis 1957. J’ai exporté ainsi mon travail et mon talent hors de France.

Vous arrive-t-il d’aller sur les réseaux sociaux ? 
Moi, non, jamais : je laisse cela à mes collaborateurs.

Que pensez-vous de ce phénomène et de cette nouvelle façon de communiquer ? 
C’est un moyen fabuleux de communiquer, un outil puissant et incontournable !

Êtes-vous intéressé par ces nouvelles formes de communication ? 
Oui, évidemment ! Je m’y intéresse en simple spectateur.

Faites-vous vivre votre marque sur les réseaux sociaux ? 
Pas ma marque directement, mais mon nom, ce qui apporte à mes créations une plus grande visibilité.

Au début de votre carrière, avez-vous fait porter vos robes à des personnalités pour les promouvoir ? 
Je n’ai pas eu besoin de prêter mes modèles. Les femmes élégantes aimaient s’habiller chez moi. J’étais un couturier en vogue.

Quelles méthodes de communication utilisiez-vous dans les années 50 ? 
J’avais un bureau de presse attaché à ma maison de couture…

Préférez-vous le crayon et le papier, ou utilisez-vous une tablette graphique pour dessiner ? 
Le papier et le crayon. Je dessine souvent la nuit.

Créez-vous en permanence ?
Oui, même à mon âge ! Je suis encore inspiré, je suis souvent dans mes ateliers, c’est un besoin vital.

Où trouvez-vous vos idées ?
Pendant mon sommeil, et je suis attentif à tout ce qui m’entoure.

Quelles sont vos sources d’inspiration ?
Les voyages, le cosmos, la conquête spatiale ont été déterminantes dans ma carrière.

J’ai lu que quand il vous manquait quelque chose, vous le créiez. Vous manque-t-il encore quelque chose ? 
Il me manque la robe que je n’ai pas encore créée !

Quels sont vos souvenirs les plus marquants ? 
Mon arrivée à Paris après la guerre en 1945, ma rencontre avec Christian Dior en 1946, qui a été mon maitre, ma première collection rue Richepanse en 1953 sous les toits, et mon installation à l’Académie Des Beaux-Arts en 1993.

Vous reconnaissez-vous dans certains créateurs ? 
Non, j’ai un style unique qu’on aime ou qu’on n’aime pas, c’est le style qui fait le créateur !

Quels sont vos créateurs préférés ? 
Courrège et Paco Rabanne sont assez proches de ma conception de la mode, et Jean-Paul Gaultier, bien sûr, qui fut mon assistant.

Que pensez-vous de Jacquemus, qui a fait son défilé dans un champ de lavande en plein Covid ? 
C’est un garçon plein de talent et audacieux, il ira loin !

Quelles sont vos plus belles rencontres ?
Mère Teresa, Fidel Castro, Nelson Mandela, Indira Ghandi, Jean-Paul II et tant d’autres…

Quels sont les secrets de votre réussite ? 
J’ai toujours cru en moi, je n’ai fait confiance en personne. Je suis un instinctif.

Vous avez souvent évoqué votre formation de comptable, est-ce cela qui a fait la différence par rapport aux autres grandes maisons de couture qui ont traversé des difficultés financières ? 
Oui, ça m’a aidé car je suis à la fois un artiste et un homme d’affaires et c’est rare d’être les deux à la fois.

Quel conseil donneriez-vous à un jeune créateur ? 
De croire en lui et de ne jamais abandonner ses rêves.

Avez-vous réussi votre mission et changé la face du monde ? 
Je n’ai pas cette prétention !

Peut-on vous définir comme celui qui a rendu accessible la haute couture ? 
D’une certaine manière, oui ! J’ai fait descendre la mode dans la rue j’ai créé le prêt-à-porter.

Quelles sont vos passions ? 
Mon travail et les voyages.

Quels sont les œuvres ou actions dont vous êtes le plus fier ? 
Quand j’étais Ambassadeur de bonne volonté au service de l’Unesco et tout particulièrement ma mission pour Tchernobyl.

Avez-vous des regrets ? 
Ne pas avoir eu d’enfant avec Jeanne Moreau…

Quelle époque avez-vous préférée ? 
Chaque époque a son lot de misère et d’avancée. J’ai aimé traverser la vie à toutes les époques.

A quoi pensez-vous le matin en vous rasant ? 
A ne pas me couper !

Que souhaitez-vous que l’on retienne de vous ? 
Que j’ai été un homme libre, indépendant et que j’aime passionnément ce métier.

interview Jean-Claude Elfassi